Histoire vécue
Mardi matin 8 heures et
demie. Le téléphone sonne dans le bureau de Jean
Dupont, responsable des ressources humaines. Il décroche et
écoute :
- Comment vas-tu ? lui demande le chef
d'atelier
- Bien et toi ? répond le RRH
- Ca va mal. J'ai deux
gars qui ne sont pas venus ce matin. Avec l'augmentation des
commandes je n'y arrive plus. Peux-tu me trouver rapidement deux
intérimaires ? Il raccroche.
Jean Dupont appelle alors
Martine, une des assistantes. C'est Sophie qui
décroche.
- Martine n'est pas là ? demande-t-il.
- Elle n'était pas en forme hier soir, je ne suis pas
sûre qu'elle vienne aujourd'hui répond Sophie.
- Merci dit Jean sans pouvoir réprimer un long soupir. Il
raccroche et s'apprête à téléphoner
à l'entreprise de travail temporaire lorsque Pierre Durand,
Directeur commercial, entre dans son bureau.
- J'ai une mauvaise
nouvelle lui dit le Directeur. Paul m'a appelé. Il est
cloué au lit avec une gastro. Il avait trois rendez-vous
clients aujourd'hui. Je vais y aller à sa place
mais, du coup, je ne peux pas participer à la réunion
Qualité. Et avec toutes les propositions que nous avons en
retard je ne vois pas comment je pourrais me faire remplacer.
Jean Dupont soupire à nouveau et hoche la tête en se
demandant comment il va pouvoir résoudre ce casse
tête et en s'inquiétant des conséquences
pour les clients.
Une journée qui démarre mal . . .
comme tant d'autres !
Pourquoi ce livre
L'absentéisme est un fléau et un symptôme
en même temps.
Avec une augmentation de 46% des
indemnités journalières de 1997 à 2002, le
phénomène ne peut plus être ignoré. On
estime que 1% d'absentéisme en plus équivaut
à une augmentation de 1% de masse salariale. Il s'agit
donc bien d'un fléau qui entraîne un
appauvrissement de nos entreprises et plus largement de notre pays.
Mais, au-delà de l'absence, se cache bien souvent un
malaise social qui nous oblige à considérer le sujet
comme un symptôme pour trouver des solutions efficaces et
durables.
Ces deux dernières années, les consultants
de Pactes Conseil ont été régulièrement
interrogés par des entreprises sur le sujet de
l'absentéisme. À chaque fois, nous avons pu constater
le sentiment d'impuissance de nos interlocuteurs. Certains clients
ont vu leur taux d'absentéisme doubler sans être en
mesure d'en expliquer les raisons. D'autres, se sont
attaqués très tôt au sujet mais avec un
succès limité ou encore avec des rechutes
spectaculaires.
Au fil de nos missions, nous avons pu tirer un
certain nombre d'enseignements :
- Premier enseignement :
l'absentéisme est un phénomène complexe. En
voulant le traiter, on touche nécessairement au comportement
des hommes et des femmes dans l'entreprise. Ce postulat nous
oblige à réfléchir autrement que de
manière binaire ; une action isolée ne donne pas
nécessairement l'effet escompté.
- Deuxième
enseignement : chaque entreprise possède une forme
d'absentéisme qui lui est propre. Bien entendu, certaines
causes peuvent se retrouver d'une entreprise à l'autre
(conditions de travail, relations avec le management, organisation
du travail), mais c'est dans l'intensité de la cause
que la différence se fait.
- En conséquence, et c'est
notre troisième enseignement, il y a autant de dispositifs
possibles pour juguler l'absentéisme qu'il y a
d'entreprises. En d'autres termes, vouloir appliquer chez soi ce
que fait le voisin est voué à l'échec.
Ce qui
avait été écrit jusqu'à présent
sur le sujet de l'absentéisme a permis d'ouvrir le
débat sur l'ampleur du problème mais sans proposer de
véritables voies pour en sortir. Sachant que les
expériences des uns ne bénéficient pas
toujours aux autres et que les recommandations toutes faites ne
valent que pour ceux qui les donnent, il nous fallait aller plus
loin dans cet ouvrage.
C'est une méthode de
résolution de problème appliquée à
l'absentéisme que nous présentons et que nous
illustrons.
Considérant que le taux d'absentéisme ne
donne pas plus de renseignements sur les causes que la
température du thermomètre sur la maladie du patient,
nous avons mis au point une démarche de diagnostic qui
permet de comprendre les symptômes sur le fond. A cette
condition, il est possible de proposer des remèdes.
Mais
là encore l'analogie avec la médecine s'applique
parfaitement : bien souvent ces remèdes
possèdent des contre-indications et des effets secondaires.
Les solutions pour résoudre les problèmes de
l'absentéisme provoquent souvent des effets pervers, en
particulier pour ceux qui veulent traiter le
phénomène de manière uniquement
répressive. Nous abordons en détail les types de
posologie et leur protocole d'administration parce que nous croyons
fermement que le choix du dosage des solutions dans le temps est
une des conditions essentielles de réussite.
La comparaison
avec la médecine s'arrête là : les
causes de l'absentéisme ne sont pas des virus qu'il faut
éliminer. Notre malade
possède les réponses à son trouble.
A qui s'adresse ce livre
Un organisme de contre-visite
médicale qui publie les résultats suite à ses
visites chez des salariés en arrêts maladie annonce
que 43 % des absences sont
injustifiées. Entendons-nous bien
sur ce que signifie injustifié. Il
s'agit des absences du domicile en dehors des heures de
contre-visites (29 %), des adresses erronées (3 %), des
refus de contrôle (1 %) et des arrêts
médicalement injustifiés (10 %). Ces derniers 10 %
nous intéressent particulièrement dans la mesure
où l'on évoque là les
malades imaginaires ou les
tire-au-flanc qui abusent du
système. Seulement rien ne nous dit que parmi les absents du
domicile, ceux n'habitant pas à l'adresse
indiquée et ceux qui refusent les contre-visites, ne se
trouvent pas d'autres absents
médicalement injustifiés.
Posons l'hypothèse que la moitié de ces non
contrôlables soient des faux malades, nous pourrions alors
considérer que 25% des arrêts maladie sont
médicalement injustifiés. Deux conclusions sont
possibles à partir de ce chiffre :
- 75% des absents
sont réellement souffrants, c'est inquiétant
pour leur santé mais c'est rassurant sur
l'état d'esprit des salariés. Rares sont
les salariés qui ont envie d'être malades et de
le rester, ceux là reviendront travailler dès
qu'ils le pourront.
- Sur les 25% restant, tous ne sont pas
des tricheurs, nombre d'entre eux sont en rupture avec le
contexte de travail qui leur est offert (conditions de travail
difficiles, mauvaise ambiance, objectifs irréalistes, etc.).
Tous les moyens sont bons pour prendre ses distances avec
l'entreprise. Les médecins qui signent
l'arrêt de travail sont sûrement conscients du
problème mais ont du mal à distinguer le tricheur du
salarié en démission
morale. Il y a fort à parier que ces derniers
préféreraient aller au travail en sifflotant.
Hormis
les tricheurs, tout le monde a intérêt à
réunir les conditions pour faire baisser
l'absentéisme. Le paradoxe vient du fait que
malgré cet enjeu partagé, les doutes apparaissent sur
la manière d'intervenir :
- Comment faire pour
agir sur les bonnes causes et au bon moment ?
- Comment s'inscrire dans la durée ?
- Comment obtenir, sur
des actions concrètes, l'adhésion de tous ?
Cet ouvrage s'adresse à ceux qui veulent rompre avec la
fatalité de l'absentéisme : directeurs et
responsables des ressources humaines ou des relations sociales mais
aussi, managers, dirigeants d'entreprise ou d'établissement
et représentants du personnel. Il propose une
démarche qui leur offre une vision précise de la
situation de l'absentéisme dans leur entreprise et les
aide à agir efficacement. Il ouvre un débat,
sans langue de bois, en abordant la réalité et
les responsabilités de chacun, parce qu'on ne traite
pas un malaise sans aller au fond du problème.
Quelle est la forme de ce livre
Absentéisme dans
l'entreprise ; vaste sujet !
Vouloir comprendre et
agir sur l'absentéisme nécessite méthode
et rigueur. C'est pourquoi nous avons voulu que ce livre
réunisse trois qualités :
- Offrir un niveau de conceptualisation suffisant pour une bonne
compréhension des enjeux.
- Présenter les méthodes et les outils
nécessaires pour mesurer le phénomène dans le
contexte du lecteur.
- Illustrer ces méthodes par des
exemples de situations rencontrées dans d'autres
entreprises.
Cet ouvrage se veut, avant tout, un outil de travail.
Il serait plus juste de parler de boîte à outils. Une
boîte à outils composée de trois tiroirs.
-
Dans le premier (chapitre I), vous trouverez un certain nombre
de repères pour comprendre l'importance du
phénomène. Cette mise en perspective sur un
état des lieux au plan national permet de planter le
décor et d'aborder la situation que vous vivez dans
votre entreprise en la replaçant dans un contexte plus
large.
-
Dans le deuxième tiroir (chapitre II et III), vous
trouverez une panoplie d'outils pour mesurer et analyser
votre absentéisme. Les chapitres qui y sont consacrés
abordent les moyens du calcul, de la comparaison et de
l'investigation sur les causes. C'est la partie
technique de ce livre. Elle est destinée à ceux
d'entre vous qui allez mettre les mains dans le cambouis du
moteur pour trouver la panne. Pour vous y aider, un exemple
vécu en entreprise illustre la démarche et explique
comment utiliser les outils.
-
Le troisième tiroir (chapitre
IV), fait l'inventaire des moyens d'action pour
réduire ou maintenir le niveau d'absentéisme
selon l'objectif. Cette partie restitue, de façon
très pragmatique, les expériences d'un DRH
chevronné et celles d'un consultant
expérimenté. C'est leur débat sur les
différentes actions possibles, avec leur efficacité
et leurs limites respectives, que nous avons voulu vous faire
partager.
Chacun de ces tiroirs s'utilise (utiliser est bien
le terme) indépendamment des deux autres. Vous n'avez
pas besoin d'avoir lu la première partie pour aborder
les autres (et vice versa).
A vous d'en faire l'usage
qui correspond à votre besoin !