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Les femmes et les hommes sont-ils égaux face aux risques psychosociaux ?

Les femmes et les hommes sont-ils égaux face aux risques psychosociaux ?

L’Anact a réalisé en décembre dernier un état des lieux des facteurs psychosociaux de risques au travail et de la santé mentale des femmes et des hommes au travail. Cette étude intitulée « Les facteurs psychosociaux de risques au travail et la santé : une approche par genre des données statistiques nationales » montre une évolution plutôt défavorable aux femmes en matière de santé au travail.

Cette étude sera utile aux employeurs pour leur servir de point de repère quant à l’amélioration des dispositifs de prévention des risques RPS qui peuvent concerner plus particulièrement les femmes.

En effet, la récente loi du 4 août 2014 pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes exige désormais des entreprises de plus de 50 salariés, d'une part, de produire des indicateurs en santé et sécurité au travail (article 19) comme ceux relatifs au salaire et au parcours et, d'autre part, de réaliser une évaluation des risques qui tienne compte de l'impact différencié à l'exposition au risque en fonction du sexe.

Nous donnons ci-après une synthèse commentée de l’étude de l’Anact.

Les enseignements généraux

En termes de santé au travail, la situation ne peut pas se décrire en raisonnant simplement sur les catégories aussi larges que tous les « hommes » et toutes les « femmes ».

Cependant, on considère plus facilement la pénibilité liée à la manutention de charge (travail plutôt masculin) que celle liée aux gestes répétitifs (travail plutôt féminin).

Les démarches de prévention s’en sont ressenties et, aujourd’hui, les données d’accidents du travail et de maladies professionnelles montrent une évolution plutôt défavorable aux femmes en matière de santé au travail.

Cette étude confirme que les hommes dans leurs emplois sont légèrement plus exposés aux facteurs d'intensité et de temps de travail tandis que les femmes dans leurs emplois sont plus exposées aux exigences émotionnelles, au manque d'autonomie.

Ce qui apparaît aussi, c'est que certains facteurs de risques restent peu ou pas suffisamment pris en compte dans les études, comme par exemple la discrimination ou le sexisme.

La santé mentale des femmes et des hommes

Concernant plus spécifiquement la santé mentale, les données font apparaître des différences sensibles entre les hommes et les femmes.

Les épisodes dépressifs et les troubles anxieux généralisés concernent majoritairement les femmes alors que les hommes présentent un risque plus élevé de syndromes d’allure psychotique.

Mais surtout, les comportements face aux troubles ne sont pas les mêmes. Les femmes consomment deux fois plus souvent des psychotropes que les hommes ; inversement, la moitié des hommes souffrant d’un épisode dépressif n’a ni pris de médicament, ni consulté un professionnel de santé ou une structure de soin.

Cette différence d’attitude face aux troubles psychologiques pourrait expliquer les données « paradoxales » sur les suicides : si les tentatives de suicide sont deux fois plus fréquentes chez les femmes que chez les hommes, ceux-ci sont en revanche près de trois fois plus nombreux à mourir par suicide. En effet, certains travaux montrent que le différentiel entre les hommes et les femmes concerne principalement des cas où le passage à l’acte n’a pas été précédé par une déclaration et une prise en charge de la souffrance.

Une inégalité sur l’espérance de vie en santé des hommes et des femmes

Les données statistiques disponibles font apparaître que les hommes et les femmes exposés au cumul de plusieurs pénibilités, et plus encore à des facteurs psychosociaux de risques, sont plus souvent sortis de l’emploi avant 60 ans que les autres.

Cependant, il apparaît que, à état de santé comparable, les femmes ont une probabilité beaucoup plus élevée que les hommes de devenir inactives (et si, en début de carrière, l’inactivité est liée à la maternité, après 40 ans, elle est surtout liée à des problèmes de santé).

Les femmes ont en moyenne une espérance de vie plus élevée que les hommes. Mais il n’en est pas de même pour l’« espérance de vie sans incapacité » : les difficultés dans les activités domestiques ou générales du quotidien commencent à peu près au même âge pour les hommes et les femmes. Et sur les dernières années, cet indicateur évolue plutôt moins favorablement pour les femmes que pour les hommes.

L’intensité du travail et le temps de travail

Les données font apparaître que les hommes sont plus exposés que les femmes sur la plupart des indicateurs d’intensité du travail (avec des écarts parfois très importants, notamment sur les conséquences d’erreurs dans le travail).

Le travail des femmes apparaît quant à lui plus marqué par un caractère répétitif ou bousculé (devoir interrompre une tâche, devoir se dépêcher). Si le caractère répétitif du travail se rencontre plutôt dans les secteurs privés de l’agriculture et de l’industrie, le caractère bousculé est, quant à lui, particulièrement élevé dans la Fonction Publique Hospitalière (FPH) : 66,9% des femmes (et 58,4% des hommes) y déclarent devoir fréquemment interrompre une tâche pour une autre non prévue, et 47,8% des femmes (41,6% des hommes) y sont obligés de se dépêcher toujours ou souvent pour faire leur travail.

Sur la dimension du temps de travail, il apparaît que les hommes sont en moyenne plus exposés à des durées de travail longues, au travail du soir et de nuit, à l’imprévisibilité des horaires de travail, et aux astreintes. Les femmes sont, quant à elles, plus exposées à l’absence de repos de 48h consécutives.

Travail émotionnel et exigences émotionnelles

Les résultats montrent que, hormis la peur au travail, les femmes se déclarent plus exposées aux exigences émotionnelles dans leur travail que les hommes, avec des différences parfois importantes (notamment sur le contact avec la souffrance et la nécessité d’apparaître de bonne humeur).

Ils reflètent assez bien un aspect majeur de la division du travail entre hommes et femmes, les uns étant plus exposés aux situations qui suscitent la peur, les autres aux activités de soin (care) ou de relation commerciale.

La notion d’exigence émotionnelle est utile pour mesurer le coût pour la santé de ce que, à la suite des travaux de Hochschild, on appelle « travail émotionnel ».
Le travail émotionnel consiste, dans l'interaction avec les bénéficiaires du travail, à maîtriser et façonner ses propres émotions, afin de maîtriser et façonner les émotions des bénéficiaires du travail.

Le travail émotionnel, ainsi défini, désigne des formes de mobilisation de la subjectivité qui sont spécifiques aux activités de services, dans des secteurs comme le commerce, le tourisme, l’accueil dans les services publics ou socioéducatifs, l’enseignement, la santé, etc.

Un niveau de « job strain » plus élevé chez les femmes que les hommes

Le modèle de Karasek évalue trois dimensions de l’environnement psychosocial au travail : la demande psychologique, la latitude décisionnelle et le soutien social. Sur une introduction au modèle de Karasek, nous vous invitons à lire notre article « Halte au stress ! ».

Le questionnaire de Karasek permet de calculer un score pour chacune des trois dimensions. On calcule ensuite la valeur de la médiane de chacun des scores, c’est-à-dire la valeur qui partage l’ensemble de la population enquêtée en deux parties égales : la moitié des salariés se situe au-dessus de ce score, et l’autre moitié en dessous.

Les scores ainsi calculés permettent de situer les salariés sur un graphique défini selon deux axes : la demande psychologique en ordonnée et la latitude décisionnelle en abscisse.

Le cadran où le risque d’avoir des répercussions négatives sur la santé est le plus fort est situé « en bas à droite » car les salariés qui s’y trouvent ont à la fois une demande psychologique relativement élevée et une latitude décisionnelle relativement faible. C’est ce que le modèle de Karasek appelle la situation de « job strain », ou de tension au travail. Le risque est encore aggravé si le salarié bénéficie d’un faible soutien social (« iso-strain »).

Diagramme Demande psychologique et autonomie

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Les analyses font ressortir un niveau de « job strain » plus élevé chez les femmes que chez les hommes, principalement en raison d’un niveau médian de latitude décisionnelle plus bas chez ces dernières (les niveaux médians de « demande psychologique » étant équivalents pour les deux sexes).

Cet écart de « job strain » se retrouve dans l’ensemble des CSP (cf. graphique ci-dessous).

pactes conseil job strain sexe hommes femmes csp

Cet écart s’avère particulièrement marqué entre les ouvriers et les ouvrières, avec un niveau de tension très élevé pour ces dernières. Les ouvriers étant, quant à eux, moins exposés que les employés. Toutefois, si l’effet de genre est important, l’effet de CSP l’est encore plus : les ouvrières et les ouvriers sont plus de deux fois plus exposés que les cadres et professions intellectuelles supérieures au « job strain ».

Conclusions

Avec les évolutions du marché du travail au cours des trente dernières années, la situation des femmes par rapport au travail, aux conditions de travail et à la santé se sont fortement diversifiées, car les dimensions de genre se combinent avec de nombreuses autres dimensions sociales (CSP, origines sociales, statuts d’emploi, situation familiale, etc.).

Plus largement, les données d’indicateurs seules ne suffisent par pour comprendre les dynamiques psychosociales au travail (que ce soit pour une approche par genre ou non). Il est nécessaire de les compléter par des analyses qualitatives du travail.

Il est dans l’intérêt des entreprises de se préoccuper de la Qualité de Vie au Travail (QVT) aussi bien pour leurs salariés que pour l’entreprise elle-même. Quand on sait que 50% des journées d’absentéisme sont dues au stress, ne pas s’en préoccuper relève d’une mauvaise gestion de l’entreprise.

Repérer et éliminer des situations dégradées, ouvrir les possibilités d’expression des salariés, améliorer l’égalité professionnelle sont donc des sources d’économies mesurables.

Une démarche qualité de vie au travail réussie doit s'appuyer sur une approche systémique des situations. Systémique ne signifie pas que la Qualité de Vie au Travail permet de régler tous les problèmes, ni qu'il faut viser l'exhaustivité dans les actions de diagnostic ou la quête d'un meilleur fonctionnement d'entreprise.

L’ambition d’une méthodologie « systémique » vise la recherche de solutions pragmatiques pertinentes. Éviter le "tout est dans tout" et éviter de fixer des normes de bon fonctionnement a priori tant dans la définition des problèmes que dans la recherche de solutions : c'est à travers la pratique et l'expérimentation qu'on trouvera des réponses adaptées.

Pour aller plus loin :

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Le bonheur au travail
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